Biomar

Ici point d'écureuils sur le seuil, encore moins de bois pour se blottir. Non, rien de tout ça, seulement ce bâtiment, connu surtout des scientifiques et VSC, plus connu ici sous le nom de Biomar. De l’extérieur, c'est une sorte de hangar sans autre cachet, mais dès qu'on y pénètre, on sent le bourdonnement des différents programmes scientifiques qui se sont succédé et qui ont laissé des traces indélébiles. Une pensée pour mon ami Philippe qui lira peut être ce billet et en versera certainement une larme.

France

Aujourd'hui ce sont France et Yves, mes deux hôtes Québécois du jour qui m’accueillent. Les pedigrees scientifiques de ces deux là sont plus longs que la lecture de la bible et du capital à la suite, pour vous dire la pointure et c'est ici qu'ils ont posé leur microscope.

En bon pédagogue ils commencent très fort : « Alors Christian, tu en redemandes ? ». C'est vrai que ce n'est pas la première fois que je viens mais cette fois j'ai pris un stylo, du papier, et mon appareil photo et je compte bien traduire tout ce que je viens d'apprendre de mes nouveaux professeurs.

De quoi parle-t-on ? Et bien de moules... J'en vois certain qui sourient, pourtant rien de plus sérieux et de plus intéressant que ce que je viens de voir.

Yves

Les globules blancs (hémocytes) de la moule (bleue ou striée) présentent des caractéristiques semblables à certains globules blancs présents chez l'être humain, notamment dans ce qu'il est communément habituel d'appeler la phagocytose. La phagocytose étant comme chacun le sait, la capacité à ingérer les bactéries, en un mot : « bouffer les cochonneries qui se baladent dans notre corps ». De plus elles possèdent aussi un gène (le P53), qui comme pour l'homme le protège du mal du siècle (le cancer) et qui comme pour l'homme produit, pour les mêmes causes, les mêmes effets. Dès que ce gène, bouclier contre la maladie dysfonctionne, les moules deviennent leucémiques. C'est le cas aussi pour les êtres humains (Stéphane quant à lui cherche encore la prostate des moules pour savoir si c'est aussi vrai pour ce cancer particulier). On se rend alors mieux compte de l’intérêt d'études sur ce mollusque. On rit moins hein ? Et ce n'est pas fini, on tente maintenant de voir comment réagit ce gène si précieux au changement climatique. On ne rit plus du tout maintenant, ça devient vraiment très sérieux et on parle d’expériences et de recherche scientifique.

Chapitre 2 : L'expérience : Prélèvement d'hémolymphe et analyse.

Ne pensez pas que ça se fasse très facilement, c'est tout une procédure où tout sera mesuré, pesé, précieusement noté archivé, analysé, etc, etc, etc.

Bains chauds

Suivi à la trace

Le préalable, des moules prélevées dans différents endroits du district et plongées dans des bains d'eau de mer à des températures différentes (5°, 7°, 10°, 20°), pendant 28 jours. Premier résultat, les moules striées ne résistent pas au 20°. Elles devront obligatoirement changer d'habitat (plus profond ?) ou sont vouées à disparaître si les températures continuent à augmenter.

Une vingtaine de mollusques sont maintenant choisis, placés dans un rangement numéroté, ils vont

Balance

Calibre à coulisse

subir divers contrôles. La première opération consiste à ôter l'eau de mer à l'aide d'un couteau pointu en écartant légèrement la coquille. Ensuite vient la pesée et le calibrage grâce à un pied à coulisse électronique, entre 10 et 20 grammes pour 30 à 60 mm, pour les moules bleues. Nous n'en sommes qu'au début, la partie délicate arrive ensuite.

L'apprenti.

Le Pro...

Couteau Suisse

Toujours avec le couteau suisse (outil indispensable) pour Yves, mon Leatherman pour moi, nous faisons un petit trou sur le côté de la moule. À l'aide d'une seringue nous pénétrons par cet orifice pour piquer le muscle et prélever (aspirer) l'hémolymphe. J'y arrive, je suis tellement fier, mais Yves prélève le double... l’expérience, rien à dire.

J'y arrive

Mais j'en vois qui ne suivent pas... Hémolymphe : espèce de liquide plus ou moins clair, suivant la densité d'hémocytes, qui remplit les fonctions de « sang » de la moule. On trouve dans ce liquide, les hémocytes dans un environnement composé d'eau, de protéines, molécules et facteurs de croissance, en gros le plasma chez l'homme.

Gentiment déposé dans un tube à essai, on note la quantité (entre 1 et 3 ml pour les bleues et entre 3 et 8 ml pour les striées). L'opération continue par le passage dans le Vortex, sorte de machine qui fait tourbillonner le tube à essai et qui permet de dissocier les hémocytes du liquide environnant. Alors là je me lâche et je vous dis de façon très sérieuse : « Le vortex permet d'obtenir une suspension mono dispersée des hémocytes... ». ça c'est dit !

P20

France compte

On récupère alors les hémocytes et à l'aide d'un « pipetteur 20 microns » (dans les labos c'est : « passe-moi le P20 », c'est plus classe), on mélange le substrat avec du bleu de Trypan. Cette substance colorera uniquement les cellules mortes que nous ne comptabiliserons pas, lors du passage au microscope. Étape ultime, sur le MALASSEZ (lamelle graduée pour microscope) on fait le décompte des globules blancs dans 5 carrés de 5X5 (1 carré représente en volume 1/10000 ml), pris aléatoirement. On ne compte que les cellules isolées. Ça peut aller de quelques unes à plus de cinquante.

Tout est noté

Hémocytes au microscope

J'aurais pu vous parler également de la régénération de cet hémolymphe, de la nécrose ou encore de l'apoptose des cellules, de la multiplication des cellules leucémiques, des spermatozoïdes vus au microscope, mais ce que je préfère et de loin avec les moules ce sont les frites et un verre de vin blanc. Je sais c'est facile, mais qu'est-ce que c'est bon, d'ailleurs j'ai le soutien de la communauté  scientifique : France et Yves sont d'accords avec moi

Pour moi c'est terminé, reste pour mes amis scientifiques toute l'analyse, les conclusions et surtout les nouvelles questions qui se posent. Elles sont aussi nombreuses que les réponses qu'ils ont déjà obtenues et dont ils sont très heureux. Lorsqu'ils en parlent, c'est bien sur le discours qu'il faut écouter, mais aussi leurs yeux qui pétillent qu'il faut voir et comprendre pourquoi l'année prochaine, sera encore plus importante. Les objectifs de début sont plus que dépassés et il faudra revoir à la hausse ceux de la nouvelle mission. Merci France, merci Yves et vive la science et les scientifiques, qui comme eux, prennent le temps nécessaire à expliquer et à vulgariser toutes ces connaissances et compétences, qu'ils maîtrisent parfaitement.